Pourquoi Je lui parle et non Je parle à lui?

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Modérateur: forumadmin

Pourquoi Je lui parle et non Je parle à lui?

Messagepar François » Jeu Oct 02, 2008 1:01 pm

Bonjour,

Une de mes élèves allophones m'a demandé pourquoi nous devions dire «Je lui parle» et non «Je parle à lui» et à d'autres moments «Je pense à lui» et non «Je lui pense»???

J'ai partagé cette interrogation avec toutes mes collègues sans obtenir de réponse!!!

Avez-vous une idée?

Merci!

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Messagepar Andrei » Jeu Oct 02, 2008 5:44 pm

Tout d'abord, "je parle à lui" est possible, si on continue par, disons, "..., pas à elle."

Si la grammaire française prenait en compte la notion de cas, l'explication serait simple. Comme celle de ma langue maternelle la prend en compte, je dirais que dans "je lui parle" on a affaire au cas datif du pronom personnel de 3e personne du singulier, parce que "je parle" demande ce cas, alors que dans "je pense à lui" on a le cas accusatif avec une préposition, demandé par "je pense".

Évidemment, cette explication servirait à ton élève si dans sa langue maternelle il y avait ces cas.
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Messagepar mica » Jeu Oct 02, 2008 7:06 pm

En réalité il s'agit d'un cas spécifiques du complément indirect avec le verbe penser, en ce qui concerne les personnes.

PARLER + A + QQUN. La préposition "à" est obligatoire. Bien sûr, on peut utiliser "de", mais ce n'est pas ce qui nous intéresse ici.

PARLER fait partie des fameux "verbes de communication" avec lesquels on utilise "à" au moment de l'accoler avec une personne : écrire à qqun, envoyer à qqun, dire à qqun, etc...

Seulement, PENSER (et tous ses synonymes de sens, du style songer,...) est spécial : on ne peut pas utiliser le pronom complément indirect pour remplacer une personne ou un groupe de personnes. Il est obligatoire de faire appel aux pronoms toniques.

Je pense à mon frère :arrow: Je pense à lui.
Vous pensez à vos enfants ? :arrow: Vous pensez à eux ?

NB : il est possible d'entendre le "y" pour remplacer le complément indirect introduit par "à". Il est correct pour les objets, animaux et autres choses immatérielles, mais jugé incorrect (à l'écrit) pour faire référence à une personne.


Vous penserez à la réunion ! :arrow: Vous y penserez !
As-tu pensé au chien ? :arrow: Y as-tu pensé ?
Tu ne penses pas à tes amis ! :arrow: Tu n'y penses pas ! (oral) :arrow: Tu ne penses pas à eux ! (écrit)

NB 2 : C'est vrai que "je parle à lui" est correct dans le cas précisé par Andrei... Mais étant du sud, je serais plus enclin à dite "je lui parle à lui, pas à toi !". Cad, utilisation du pronom complément indirect + précision distinctive avec le pronom tonique.
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Messagepar Christophe » Jeu Oct 02, 2008 8:47 pm

Il est très agréable de lire les réflexions de gens parfaitement francophones au sujet de notre belle langue ! En effet, en tant que Français natif, j'avoue ne jamais m'être posé ce genre de questions... Et pourtant, je reconnais que pour un étranger, il y a de quoi perdre... son latin !
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Messagepar mica » Jeu Oct 02, 2008 9:01 pm

Il faut reconnaître qu'on est quand même pas mal tordus, des fois, pour certaines expressions et quant à la construction des phrases et même du simple vocabulaire !

Mes élèves sont toujours aussi perplexes au moment d'apprendre que ça : 90, ça se dit comme ça : 4 - 20 - 10 !!!!!!!!!!!!
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quatre-vingt-dix

Messagepar Alphabravo » Ven Oct 03, 2008 4:01 pm

Il y a, bien évidemment, une explication logique qui pourrait intéresser les élèves ...
Les maîtres d'école d'aujourd'hui empêchent leurs élèves de compter sur les doigts.
C'est pourtant parce que le Gaulois (?) comptait sur ses doigts des deux mains et des deux pieds que la numération se faisait en base 20 ...
quarante étant alors deux-vingts, soixante étant trois-vingts ainsi de suite.
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Messagepar Christophe » Ven Oct 03, 2008 4:32 pm

Oui, cf. par exemple le fameux hôpital aux 300 lits pour aveugles fondé par St Louis et qui s'appelle encore aujourd'hui "les 15-20".
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Messagepar François » Ven Oct 03, 2008 11:41 pm

Merci à tous pour vos bons commentaires, je pense que je pourrai ainsi satisfaire la curiosité de mes élèves. Bonne fin de semaine!

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Messagepar Pierreb » Sam Oct 04, 2008 6:34 am

C'est amusant de voir que nous avons tous les memes exemples : je parle moi aussi souvent de l'hôpital des 15-20.

Par contre je n'ai jamais pensé à dire que 20 c'est le nombre de doigts et d'orteils, je préfère dire que c'est 2 fois le nombre des doigts des 2 mains.

Il serait intéressant de trouver un autre exemple que celui des 15-20, j'en ai trouvé un autre dans quelque bouquin il y a quelques années mais je n'ai jamais réussi à le retrouver.
enseignant à Rome (Italie) depuis 2000
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Ce n'est pas trop compliqué !

Messagepar Thai Phong » Sam Oct 04, 2008 12:13 pm

Bonjour Francois,

Mon explication est comme suit :

Comme dans la langue francaise, il y a des verbes appellant un complément d'objet qui est soit une chose, soit une personne, la langue se dote alors d'un moyen pour le distinguer et c'est le cas qui vous intéresse.

1/ En règle générale, le pronom Y remplace le COI chose et à lui (à elle, à eux, etc.) remplace le COI personne. Ceci s'applique à une catégorie colossale de verbes, tels : penser à, songer à, faire attention à, rêver à, etc.
Exemples :
- Il pense à la rémunération / Il y pense (chose).
- Il pense à sa copine / Il pense à elle (personne).

2/ Il en est de même pour les COI avec la préposition DE : parler de, s’occuper de, etc.

Exemples :
- Je m’occupe de cette affaire / Je m’en occupe.
- Je m’occupe de mes enfants / Je m’occupe d’eux.

3/ Comme le pronom réfléchi SE n’est pas compatible avec les pronoms personnels compléments d'objet LUI et LEUR, on doit alors avoir recours, pour les verbes pronominaux, aux pronoms toniques précédés de la préposition À, par exemple pour les verbes : s’adresser à, s’attaquer à, se présenter à, se fier à, etc.

Exemples :
- Je me suis adressé au directeur / Je me suis adressé à lui.
- Elle s’est fiée à son mari / Elle s’est fiée à lui.
- Ils se sont présentés à mes parents / Ils se sont présentés à eux.

Si le COI est une chose, c’est le pronom Y qui sera employé comme d’ordinaire.

Bonne lecture.
Dernière édition par Thai Phong le Sam Oct 11, 2008 1:13 am, édité 3 fois au total.
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Messagepar Christophe » Sam Oct 04, 2008 6:16 pm

Pierreb, le système vicésimal (ou vigésimal), couramment employé au Moyen-Age, a peu à peu disparu au profit du système décimal (la faute notamment à Vaugelas !).
On en trouve cependant quelques traces, comme dans l'Avare : "Par ma foi, je disais cent ans, mais vous passerez les six-vingts" [120 ans], propos de Frosine à Harpagon.
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Messagepar Jean-Claude » Ven Nov 21, 2008 10:40 pm

Je viens un peu tard, excusez-moi, mettre mon grain de sel sur la question "Je lui parle" vs "Je pense à lui". Je vous soumets mon explication : Quand on parle À quelqu'un, on lui parle toujours DE quelque chose, même si on ne le précise pas, autrement dit le verbe parler a toujours deux compléments d'objet indirects explicités ou implicites.
Ce n'est pas le cas du verbe penser, qui n'a, lui, qu'un seul complément d'objet indirect.
Voilà pourquoi on dit "Je pense à lui" mais "Je lui parle (sous-entendu : de telle ou telle chose)", tout comme on dit "Je lui donne ceci ou cela".
(Le verbe donner est lui aussi un verbe à deux compléments d'objet explicités ou implicites, mais l'un est direct et l'autre indirect.)
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