Doutes ...

Accords, conjugaisons, syntaxe, orthographe...

Modérateur: forumadmin

Doutes ...

Messagepar Alphabravo » Lun Oct 13, 2008 7:32 pm

Je lis ce soir sur le site internet du Figaro deux phrases qui m'interpellent :

1 - "Qu'importe les attaques et les coups bas lancés côtés démocrates et républicain" ...

La construction entraîne la troisième personne du singulier. Cependant, serait-il acceptable d'écrire :
"Qu'importent les attaques et les coups bas ..."
en considérant que le sujet, bien que placé après le verbe, est au pluriel ?

2 - "les réactions ne se sont pas faites attendre ..."J'aurais écrit :
"les réactions ne se sont pas fait attendre ..."
C'est plus intuitif que raisonné. n'étant pas grammairien, je n'ai pas d'explication claire ...
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Messagepar mica » Lun Oct 13, 2008 9:36 pm

Dans les 2 cas, tu as raison, Alphabravo, il s'agit là d'erreurs typiquement franco-françaises, et qui sont souvent difficiles à diagnostiquer...

1. Pour ma part, j'estime que dans le premier cas, il s'agit d'une formule emphatique pour mettre en relief une opinion donnée, et dès lors, cette inversion de sujet ne doit pas faire perdre de vue le genre et le nombre du sujet !!!

"Qu'importent les attaques..." étant une inversion semblable aux interrogations soutenues, il faut donc accorder. Evidemment, il est tout à fait possible d'utiliser cette expression comme interjection, et ainsi indépendante et invariable :
"Les attaques et les coups bas... Qu'importe !"


2. Doute raisonnable même chez les plus grands littéraires tant les doutes entre oral et règles grammaticales s'affrontent. Il s'agit pourtant de quelque chose relativement simple et compréhensible : encore une fois, tu as mis dans le mille, la phrase de l'article est erronée à hauteur du "faites".
Il se trouve que la pronominalisation par "se faire" est un procédé récurrent de la transformation du discours à la voix passive, particulièrement dans la sphère journalistique, permettant ainsi d'appuyer le groupe nominale "vedette", cad ici : "les réactions" (car dans le fond, avouons-le, on se fiche pas mal de "qui" a attendu ces réactions...)

Or le "se faire" de la voix passif est STRICTEMENT invariable, et ce peu importent les sujets, selon la grammaire la plus solennelle du français. Evidemment, on a tellement l'impression de commettre une erreur (auxiliaire être au passé composé correspondant dans 98% des cas à un accord entre sujet et participe passé) qu'on s' "hypercorrige" en accordant avec le sujet.

Mais ça ne s'arrête pas là : l'origine de cette "erreur" est justifiable aussi du point de vue phonétique : la phrase
"les réactions ne se sont pas fait attendre ..."
nous impose de faire une liaison particulière... Vous me suivez ???

Eh bien oui gagné, c'est bien entre "fait" et "attendre", qui nous fait clairement prononcer le "t" et douter encore plus de l'écriture finale de ce participe passé.

Sinon rassure-toi, je suis loin d'être académicien, mais c'est ce qui me semble le plus plausible dans les 2 cas, sous réserve d'observation de nos pairs qui liront ces quelques mots... J'espère avoir apporté mon grain de sable à l'édifice.

A vous les studios !
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Messagepar Christophe » Lun Oct 13, 2008 9:43 pm

Pour la seconde phrase, tu as parfaitement raison : "Ces chaussures sont faites pour moi", mais "Cette maison, je l'ai fait construire", "Je les ai fait déjeuner" : Contrairement à la règle habituelle du participe passé employé avec l'auxiliaire avoir, même si le COD est bien placé avant, certains verbes suivis d'un verbe à l'infinitif demeurent invariables (notamment pouvoir, vouloir, devoir, laisser et donc faire). : Les services que j'ai pu rendre. Ces chiens que j'ai laissé aboyer, etc.
Pour qu'importe, normalement, le verbe doit s'accorder avec le sujet inversé : Qu'importent ces bêtises = ces bêtises ne sont pas importantes.
Peu importent ses sentiments.
Mais parfois qu'importe est considéré comme une forme verbale impersonnelle et du coup reste invariable, sans doute par contamination des expressions : il importe peu de.../que vous importe/il importe de faire...
Peut-être aussi que dans "peu importe ses fautes", on considère que c'est "peu" le sujet, alors que grammaticalement c'est "fautes".
N'importe est toujours au singulier : N'importe quelles chaussures feront l'affaire.
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Messagepar Christophe » Lun Oct 13, 2008 9:47 pm

La réponse précédente était pour Alphabravo ! Mica, tu as dégainé plus vite que moi :P mais finalement je constate avec soulagement que mon message ne fait pas double emploi !!
Et je ne suis ni académicien ni grammairien moi non plus, juste un amoureux de la langue française toujours curieux de savoir ce qui se dit ou pas !
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Messagepar Alphabravo » Mar Oct 14, 2008 5:11 am

Eh bien, je vous remercie tous deux d'avoir répondu aussi vite à mes questions ...
Notre langue est si malmenée, et ce, de façon régulière, par des "communicants" qu'il est bien difficile désormais d'être sûr de ce que l'on pense correct ...
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Messagepar Christophe » Mar Oct 14, 2008 8:45 pm

Communiquer, c'est parler efficacement, pas correctement :twisted:
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Messagepar mica » Mar Oct 14, 2008 9:47 pm

Et ce n'est, entre autres, pas pour rien que tous les dictionnaires dignes de ce nom relèvent davantage des exemples justes de notre langue dans la littérature moderne et classique plutôt que chez les "communicants" dont la fonction de base est, comme le précise bien Christophe, être efficace, sans trop regarder du côté de la correction... (Mais sans que ce soit trop flagrant non plus au risque de passer pour un ignare... Il y en a qui en font tout un art!)
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Messagepar Pierreb » Mer Oct 15, 2008 7:52 am

Je m'étais dit que je n'interviendrais pas. Mais je ne peux pas résister.

Communiquer est effectivement parler le plus efficacement possible pour être compris (c'est bien le minimum). Cela suppose aussi une certaine correction dans le langage (qui est un bien commun avec ses conventions que tous partagent plus ou moins) qui, quand elle vient à manquer, peut entraver la dite compréhension.

Mais le langage évolue en permanence - pour de bonnes ou de mauvaises raisons - et le bon usage aussi par la force des choses. Regardez un peu ce qu'est en train de devenir la distinction entre "c'est" et "il est", je persiste à être orthodoxe dans mon enseignement mais je commence à dire à mes apprenants que maintenant on entend de plus en plus de gens qui disent il est le président de la République .

C'est comme ça. Je ne vais pas pleurer dans mon coin sur ce monde qui ne respecte plus rien ni mitrailler ceux qui "massacrent" la langue.

Dommage de faire des communicants de cyniques sournois, c'est réducteur et trop facile.
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Messagepar Christophe » Mer Oct 15, 2008 12:38 pm

Non, tous les communicants ne sont pas cyniques ou sournois, cela n'a rien à voir : ils savent coller à l'air du temps, voilà tout ! - et ils le font très bien...
Quant à l'expression "il est président de la République", encore un mauvais calque de l'anglais :roll:
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Messagepar Alphabravo » Mer Oct 15, 2008 2:08 pm

Pierreb a écrit: mes apprenants

C'est comme ça. Je ne vais pas pleurer dans mon coin sur ce monde qui ne respecte plus rien ni mitrailler ceux qui "massacrent" la langue.
.

Vous avez sans doute raison, la langue évolue et c'est inévitable ...
L'on est, malgré tout, en droit de déplorer certaines fantaisies qui la déflorent.

Pour ne retenir qu'un exemple que vous m'apportez gentiment, je n'ai pas encore saisi pourquoi le mot "élève" cède désormais la place au mot "apprenant", et ce, jusque dans les écoles primaires.
Oh, il y a assurément une nuance subtile que je crois percevoir, le "maître" n'étant plus indispensable à l'apprenant.
Je pourrais aussi évoquer le "locuteur" et bien d'autres vocables sortis tout droit des I.U.F.M.
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Messagepar Christophe » Mer Oct 15, 2008 8:51 pm

... et chacun sait qu'en pédagogie, on ne parle plus de ballon mais de référentiel bondissant !
Quant aux bonnes vieilles fautes d'orthographe, ce sont des dérapages incontrôlés dans le code graphique (authentique)...
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Messagepar Pierreb » Mer Oct 15, 2008 9:13 pm

L'aprenant, c'est celui qui apprend. C'est une définition sèche. Enseignant à des adultes le mot élève me gêne : trop scolaire. Celui d'étudiant a une connotation universitaire.

Et personnellement, je crois effectivement que le maitre n'est plus indispensable (soit dit en passant, le mot est lourd de sens) ou tout au moins ne peut plus être le seul vecteur d'apprentissage. De nos jours, les possibilités d'apprendre - et de bien apprendre - seul sont nombreuses. Comme elles ne l'ont jamais été. Je préfère me considérer comme un instrument - qui fait de son mieux - présent pour motiver et encourager à apprendre. Je n'hésite pas à le dire à mes élèves/apprenants.

Je ne vois pas en quoi une langue peut être déflorée.

Quand aux calques, depuis que les langues se frottent les unes aux autres, ils ont toujours existé : c'est un processus normal. Et il se développera de plus en plus. Que de défloraisons en perspective.

Il suffit de passer un certain temps parmi des gens parlant une langue qui n'est pas la sienne et de parler cette langue pour toucher du doigt le phénomène. Je le vois d'autant plus que je vis avec une personne dont la langue maternelle est une troisième langue.

Je suis certain que certaines expressions du français canonique nous viennent tout droit de calques, bons ou mauvais (?), qu'ils soient.

Je ne suis d'ailleurs pas certain que il est le président, que l'on entend de plus en plus à la télé et dans les conversations de tous les jours, soit un calque. Mais vous avez peut-être raison.
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Messagepar mica » Mer Oct 15, 2008 11:02 pm

Je ne voudrais pas jeter la pierre, Pierre (désolé, la perche était trop grande :P ) , mais concernant les expressions, canoniques ou non, il y a calques et calques...

Autant, si on se réfère au début du sujet, on pourrait comprendre l'origine orthographique (donc écrite) de l'erreur en question, autant dans le français parlé, ladite "erreur" est inaudible et passe sans aucun problème. Or, le "il est le président" me fait non seulement mal aux oreilles mais aussi au coeur :cry:. Il est certain que je ne dirai jamais "parc automobile" pour "parking", ni "tricot de peau" pour T-shirt (cette expression m'a toujours fait rire allez savoir pourquoi :lol: ), mais là, c'est franchement la porte ouverte à toutes les fenêtres, comme dirait l'autre !

Pour moi l'essentiel du français, au-delà de tout puritanisme, c'est de pouvoir se communiquer. Or ici je vois une communication entravée par une définition alors qu'il s'agit d'un présentatif, en d'autres termes, ça passe mal, et ça, ça me touche beaucoup.

D'autrepart, ne serait-il pas intéressant de déménager ce sujet tant qu'à faire ? Y a-t-il un administrateur dans la salle ?
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Messagepar Pierreb » Jeu Oct 16, 2008 4:43 am

Moi aussi "il est le président me choque". Parce que, comme tout le monde, j'ai mes habitudes. Et effectivement, je défends le "c'est" qui a une fonction précise de présentatif quand le "il est" caractérise (une caractéristique unique en général).

Mais - très concrètement - que fais-je si pour une raison ou une autre un élève/apprenant me dit "mais j'ai entendu plusieurs fois "il est un ..." ou "il est le ..." ou pire encore si j'ai un document "authentique" intéressant, pris sur youtube par exemple mais avec ce genre de "déviance". Bien obligé de prendre en compte cette réalité, non ?

Quant aux calques en général, je crois que tout le monde à ses principes et ses habitudes. Et les français ont une relation particulière à leur langue donc la porte ne sera jamais ouverte à toutes les fenêtres.
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Messagepar Christophe » Jeu Oct 16, 2008 9:44 am

De toute façon, cette discussion est un combat d'arrière-garde : parce que, qu'on le veuille ou non, n'en déplaise aux gardiens du temple, la langue française (et au-delà, tout idiolecte) n'est pas celle que l'on trouve chez Pascal ou Chateaubriand, ni même dans les grammaires ou les dictionnaires, mais bien celle qui se parle dans la rue... ou à la télévision. Quel impact peut avoir le coup de gueule d'un puriste sur le vulgum pecus ? Quasiment aucun, si ce n'est que, quelques jours durant, certains feront peut-être l'effort de revenir aux fondamentaux. Mais chassez le naturel...
Quand un présentateur de journal télévisé emploie systématiquement telle expression fautive entendue chaque jour par des millions de téléspectateurs (dont la plupart sont persuadés que leur idole cathodique est un expert ès expressions orales - oui, je sais, le pluriel est ici étrange, mais je ne voudrais pas tomber dans les travers que je dénonce !), comment lutter ? Travaillant en banlieue parisienne, j'ai l'occasion depuis vingt ans d'entendre s'exprimer les jeunes des cités : eh bien passé le premier moment d'étonnement, voire d'incompréhension, je ne peux que constater une réelle inventivité, à laquelle participent l'arabe, l'argot, le verlan..., et une profusion de figures de style. Pour eux, c'est le vrai français, et la langue que nous défendons leur paraît aussi étrange et obsolète que si l'on faisait lire le cantilène de Sainte Eulalie à une personne non initiée aux subtilités de la linguistique médiévale. Mais finalement, pourquoi n'auraient-ils pas raison de se considérer comme les dépositaires privilégiés de la manière dont il faut aujourd'hui parler ?
Et en quoi : La jeune fille que voici ne me laisse pas indifférent serait "mieux" que : Cette meuf, je la kiffe trop grave ? Certes, jamais je ne m'exprimerai ainsi. Mais jamais un adolescent du 93 n'oserait parler de manière soutenue à ses amis !
Qu'on le veuille ou non, notre langue est en constante évolution, et même si je suis le premier à chipoter sur telle vétille grammaticale, je ne peux que m'incliner devant l'air du temps. Voilà pourquoi j'ai appris à être tolérant vis-à-vis de ce qui sera peut-être un jour le "français officiel" (regardez ce qu'est devenu l'anglais dans la bouche des Américains !).
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