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La francophonie dans la classe de français

De nombreux sites permettent de “voyager en francophonie” à travers des activités variées, des textes ou journaux, des jeux, des chansons, des projets collaboratifs, etc. Intégrer la francophonie en salle de classe, grâce à des activités pédagogiques, est donc à la portée des professeurs qui ont de plus en plus accès aux ressources en ligne. Deux médias francophones, TV5 et Radio France internationale (RFI), se sont lancés dans cette grande aventure francophone et proposent un grand nombre de services et rubriques dédiés à la langue française et à la francophonie. Quels sont les enjeux, les obstacles, les réussites d’un tel pari ?

Entretien avec :

  • Mme Dominique Martineau
    TV5, Service “Promotion et enseignement du français”
  • Mme Lidwien Van Dixhoorn
    RFI, Service langue française, direction des programmes
  • Mme Mathilde Landier
    RFI, Service langue française

Pourquoi cette rencontre entre médias et enseignement ? Quels sont, à votre avis, les atouts d’un média francophone international ?

RFI : RFI est une radio française qui émet en français et en 19 langues vers un auditoire francophone et francophile hors métropole. Les 45 millions d’auditeurs de RFI écoutent notre radio en FM ou en ondes courtes, en français, ou dans leur langue maternelle. RFI est donc, tout d’abord, un média de masse francophone et international, et une source d’information mondiale en continu. Par sa nature française et francophone, et grâce au lien affectif que son auditoire entretient avec elle, RFI représente naturellement une ressource sonore authentique et un appui à la promotion de la langue française. Faciles d’accès et gratuites, les émissions de RFI permettent un contact permanent et diversifié avec la langue parlée à travers une diversité de sujets d’actualité internationale.

Des émissions spécifiques consacrées à la langue s’adressent aux auditeurs maîtrisant la langue française de différentes manières. Des programmes bilingues de sensibilisation et de perfectionnement à la langue française sont diffusés dans nos émissions en langues étrangères et s’adressent à notre auditoire francophile non francophone. Ces auditeurs n’ont pas forcément les moyens d’accès à un apprentissage du français en institution. D’autre part, les programmes en français de RFI, “La danse des mots”, “Parler au quotidien”, “Francophonie” et “Le journal en français facile” permettent à un auditoire francophone de garder le contact avec la langue telle qu’elle est parlée aujourd’hui.

TV5 : La rencontre entre TV5 et les enseignants n’est pas fortuite. TV5 est un média de service public qui a pour mission la promotion de la langue française, se veut une vitrine de la diversité des cultures et s’évertue à présenter un vision plurielle du monde. Ce n’est donc pas très étonnant que se soit tissée une complicité avec les enseignants de français dans le monde depuis 8 ans. Il y a quelques années, des professeurs, qui utilisaient des extraits d’émissions de TV5 en les enregistrant et qui faisaient un travail pédagogique à partir de ces extraits pour leurs classes, ont sollicité l’appui de TV5 sur ce travail. Jusque là, TV5 avait comme politique de diffuser des méthodes de français à l’antenne. La démarche qui consistait à proposer une approche pédagogique pour utiliser les émissions en classe est apparue comme novatrice, très motivante et accessible à un grand nombre.

TV5 est distribuée partout dans le monde et est, dans certains pays, le seul contact avec la langue parlée. Un média francophone international est une source de documents sans cesse renouvelés et c’est une possibilité d’appropriation de la langue française grâce à la relation de proximité qui se crée avec le téléspectateur/apprenant. Beaucoup de professeurs considèrent “la TV5” comme “leur télévision”, comme leur média. Il se forme une communauté internationale de téléspectateurs enseignants, un véritable réseau grâce notamment à l’outil internet.

Vos rubriques “Langue française” et “Enseignants“, en ligne sur vos sites, s’adressent aux enseignants de français à travers le monde. Quelles activités proposez-vous aux professeurs afin de faire véritablement entrer la francophonie en salle de classe ?

RFI : Dans le contexte actuel de mondialisation et d’un besoin croissant de maîtriser les langues étrangères, la radio représente un outil complémentaire à un apprentissage “institutionnel” ou en autonomie, un outil qui illustre la diversité des usages et des communications en français parlé. Mais le son radiophonique est par nature éphémère. Sur la …

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Cliché ! La France vue de l’étranger

“En France, tout le monde porte des rayures, un foulard rouge, un béret et une baguette. Tous les Français vivent à Paris ou sur la Côte d’Azur. En France, on a tous une vue sur la Tour Eiffel. Bien qu’on mange de la viande de cheval, des grenouilles, des escargots ou du fromage puant, notre cuisine est connue comme l’une des meilleures du monde.”…

Dans son court-métrage d’animation, Cliché ! La France vue de l’étranger, Cédric Villain, professeur d’arts appliqués, recense de façon humoristique les stéréotypes sur la France et les Français. Ce film, au graphisme très réussi, constitue un excellent support pour travailler sur les stéréotypes en classe de FLE, d’autant que le film peut être téléchargé pour une utilisation non commerciale.

pictoVoici, pour compléter cette ressource, une sélection de sites qui aideront les enseignants à aborder en classe cette problématique incontournable de l’éducation interculturelle.

Le site Préjugés et stéréotypes, produit par l’Association francophone de psychologie sociale et le ministère français de la Recherche, constitue un excellent point de départ pour comprendre comment fonctionnent les stéréotypes : pourquoi avons-nous des stéréotypes ? comment apparaissent-ils ? comment les mesurer ? comment lutter contre ? La section “Illustrations” du site met en avant l’expression de ces stéréotypes dans la vie quotidienne : à l’école, au travail, dans les médias…

Le “Vercors”, réalisé par le Centre universitaire d’études françaises (CUEF) de Grenoble, propose également un intéressant parcours d’activités (compréhension orale et écrite, production de témoignages écrits et discussions) autour du thème des représentations culturelles : le monde vu par les Français, les Français vus par le monde, les Français et le bonheur, les Français et la contestation… Le site s’adresse à des étudiants d’un bon niveau de français ainsi qu’aux étudiants français en FLE qui se préparent à enseigner à l’étranger.

Les stéréotypes et prototypes nationaux sont également à l’honneur d’une émission sur le site de la radio en ligne Canal académie. L’interview de Christophe Campos, qui porte sur l’ouvrage d’Olivier Clodong et José-Manuel Lamarque Pourquoi les Français sont les gens les moins fréquentables de la planète fait l’objet d’une exploitation pédagogique, réalisée par le CAVILAM.

Enfin, la rubrique “Miroirs” du site Vivre en Aquitaine, réalisé par l’Institut français de Madrid et la région Aquitaine en France, confronte quant à elle le regard des Français, des Britanniques, des Italiens, des Allemands et des Espagnols sur des thèmes communs (le temps, l’environnement, les paysages, l’éducation…). Plusieurs fiches pédagogiques de cette rubrique consacrée à la démarche interculturelle sont spécifiquement dédiées aux stéréotypes : Vous face aux stéréotypes (niveau B1) ; Stéréotypes en Europe (A2) et Les Français vus par d’autres cultures (A2).

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10 activités pour la classe de FLE

Le Centre méditerranéen d’études françaises (CMEF) vient de mettre en ligne sur son site 10 activités pédagogiques pour la classe de FLE. Pour chaque document (texte littéraire, article de journal, œuvre picturale, citations, etc.), une exploitation pédagogique est proposée, précisant les objectifs communicatifs et grammaticaux, le niveau requis selon le Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL) et l’unité du DELF correspondant au type de compétence demandé.

Thèmes des fiches (au format Word) :

  • Le passe-muraille, début de la nouvelle de Marcel Aymé
  • Déjeuner du matin, poème de Jacques Prévert
  • Le café, poème de Rachid Boudjedra
  • Reproductions artistiques de tableaux
  • “Les jeunes “oublient” leur petit-déjeuner”, article du quotidien Le Monde
  • Les couples dans le monde“, article de la revue Les Clés du monde
  • Grille thématique
  • Les commerces
  • Les citations
  • Bilan et évaluation des connaissances

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Liaison après le x final

Voici la première chronique de Jean Rousseau qui assure des formations de linguistique au Centre international d’études pédagogiques. Chaque mois, il tentera d’éclairer une question de grammaire ou de vocabulaire soulevée par les lecteurs de Franc-parler dans le forum de discussion.

Question : “La liaison me pose beaucoup de problèmes, puisque le français n’est pas ma langue maternelle. J’utilise un manuel – Phonétique, éd. Hachette – qui comprend des exercices. Je cite : “Déterminant + Nom –> Liaison obligatoire après : aux, nombreux, deux, six”. Comme vous le constatez, les auteurs donnent des mots spécifiques et pas une règle du type : “le x final se prononce {z} devant la voyelle initiale du mot suivant”. D’après vous, s’agit-il d’une règle générale ?”

Deux questions sont entremêlées.

Pourquoi, pour traiter la liaison, poser d’abord un cadre syntaxique, puis énumérer les mots qui peuvent y figurer ?
Pourquoi ne pas plutôt aborder la liaison en termes de graphies en fin de mot ?

La simple observation permet d’abord de montrer que, si l’on se risquait à avancer une règle générale du genre “le x final se prononce {z} devant la voyelle initiale du mot suivant“, elle serait évidemment fausse, car contredite par l’usage constant des locuteurs.

On remarque en effet aussitôt que la présence d’une -x finale ne suscite nullement la liaison dans :
Un faux | avéré
La voix | humaine
Un prix | élevé

Une telle liaison est même impossible.

En revanche, on l’entendra dans :
Un faux {z} espoir, un faux{z} avis
mon doux {z} amant, le doux{z} ovale de son visage
La liaison y est même obligatoire.

Pourquoi cette différence de traitement ?

Dans le premier cas, un faux | avéré, on a affaire à un groupe formé de Nom + Adjectif
Dans un faux {z} espoir, il s’agit d’un groupe Adjectif + Nom.
La différence est fondamentale, la structure impliquée n’est pas la même. Le rapport des éléments entre eux est de nature différente, la cohésion entre adjectif et nom étant plus forte dans le second cas.

La liaison permet ainsi de refléter la différence existant entre :
Un savant {T} aveugle (Adj. + Nom), au sens d'”un homme aveugle qui a un grand savoir”.
Et
Un savant | aveugle (Nom + Adj.), au sens d'”un savant frappé de cécité”.
Tout natif produit sans difficulté cette distinction spontanément.

Les auteurs du manuel cité dans la question ont donc eu parfaitement raison de ne poser l’existence d’une liaison que dans un cadre syntaxique précis. Car c’est toujours le rapport syntagmatique qui détermine en dernier ressort la nécessité ou l’impossibilité de la liaison, bien plus que la nature de la finale en cause (l’-x en l’occurrence). Par exemple, la liaison est absolument impossible entre un substantif sujet et le verbe :
Le roux | est une jolie couleur

Pour en revenir à l’exemple cité dans la question, dont le cadre est Déterminant + Nom, la cohérence du groupe est très forte : le {z} que l’on y entend est finalement souvent la seule marque orale de pluriel permettant de distinguer à l’oreille entre : leur ami / leurs {z} amis. On peut d’ailleurs remarquer que la même cohérence se constate entre pronom et verbe et que là encore le {z} de liaison est la seule trace orale d’un morphème de pluriel : il aime / ils {z} aiment.

N’ont été effleurés que quelques exemples de liaisons obligatoires ou au contraire impossibles. L’apprentissage de ces liaisons dans la langue orale soulève pour les apprenants étrangers un problème épineux, qui ne peut être pleinement résolu que par une pratique intensive de la langue au milieu de locuteurs francophones natifs.
Le problème est d’ailleurs redoublé par l’incapacité où seront ces francophones de répondre aux questions posées sur ce point par les étrangers. Le locuteur natif ignore totalement à quels principes il obéit : il applique les règles en usage pour ces liaisons sans y penser, car, comme toutes les autres règles auxquelles il se conforme dans sa langue, leur acquisition inconsciente lui interdit d’en rendre compte de manière explicite.

Entre liaisons obligatoires et impossibles,

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Introduire la chanson en classe de français

De plus en plus de professeurs de français souhaitent introduire la chanson dans leur salle de classe. Moyen ludique, motivant et original pour les jeunes comme les moins jeunes d’avoir accès à la langue française contemporaine, aux cultures francophones et de découvrir le français oral dans toute sa diversité, ce support reste cependant peu utilisé par les enseignants et peu abordé dans les manuels. Pourquoi faire découvrir aux élèves la chanson francophone ? Comment introduire ce support en classe ? Quelles didactisations et activités peuvent être réalisées ? Où trouver des chansons sur le net ? Autant de questions que se posent de nombreux enseignants, curieux de découvrir et de faire découvrir des textes et musiques représentatifs du français moderne, contemporain et pluriculturel.

Fortes d’une expérience concrète en salle de classe, nos invitées abordent ici les thèmes de la chanson métisse et contemporaine et des usages actuels du français. Elles partagent quelques pistes de réflexion et d’application concernant les activités et compétences visées et proposent des ressources disponibles ou à créer.

Elodie, vous avez participé au XIe congrès de la Fédération internationale des professeurs de français et présenté un atelier sur “la chanson contemporaine et les usages actuels du français” : pourquoi avoir abordé ce thème dans le cadre de ce congrès dédié à la diversité ?

ER : La chanson contemporaine permet de découvrir le français oral dans toute sa diversité et d’aborder la question des usages. Je travaille sur le français “de France” car mes apprenants vivent à Paris.

En français, comme dans la plupart des langues, les locuteurs disposent d’une large palette de niveaux de langue pour adapter leur discours à son contexte : professionnel, scolaire, amical, familial, intime… Ces “français” diffèrent par leur éloignement ou leur proximité avec la norme grammaticale. L’exemple le plus répandu est l’omission de la négation “ne” dans le registre familier. Il existe aussi des différences aux niveaux phonétique, syntaxique et lexical, avec notamment l’usage de l’argot ou de procédés de transformation tels que le verlan.

Ces usages sont autant de codes qui jouent le rôle de marqueurs sociaux : il est utile de savoir les distinguer et de pouvoir à l’occasion les employer. Cette compétence linguistique et culturelle est difficile à enseigner car les usages sont en constante évolution. Ainsi des pratiques valables et répandues en 2003 ne le sont plus forcément en 2004.

Les chansons contemporaines permettent de suivre “en direct” ou presque les tendances du français. En écoutant un panel diversifié de chanteurs et de groupes populaires, il est possible d’entendre le langage de la rue sans être en France, ce qui est utile lorsqu’on enseigne à l’étranger. Les chansons proposent une approche du français plus diversifiée que celle des médias et font accéder à des pratiques qui ne sont pas toujours représentées à la télévision, à la radio et a fortiori dans les journaux.

On peut discuter de leur place et de leur pertinence dans le cadre d’un cours de français, dans la mesure où elles sont souvent éloignées de la norme. Il me semble cependant important de ne pas les condamner au nom du “bon usage”. Les esquiver revient à réduire les compétences de compréhension et d’expression de l’apprenant : il sera immédiatement confronté à la diversité du français lors d’une rencontre avec des locuteurs natifs ou à l’occasion d’un voyage ou d’un séjour en France.

Créez-vous et utilisez-vous des ressources dans vos classes afin de faire découvrir aux apprenants la chanson actuelle ?

ER : Je suis de près l’actualité musicale et sélectionne les chansons qui remplissent les critères suivants : qualité sonore (les paroles doivent être parfaitement “audibles”), qualité linguistique (les paroles doivent être représentatives d’usages avérés et répandus), qualité thématique (si par ailleurs la chanson est émouvante, drôle ou culturellement riche, c’est encore mieux !). Enfin, je choisis des chansons relevant de styles musicaux variés pour diversifier et dynamiser mes cours.

A partir des chansons sélectionnées, je relève les points à travailler (phonétiques, grammaticaux, lexicaux, culturels…) et crée des activités pédagogiques adaptables à plusieurs niveaux. Une même chanson, grâce à sa qualité, peut sans problème être employée avec des débutants ou des avancés.

Je développe aussi des “groupements” de chansons en fonction de …